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“Oranges Amères - Gréta (MARS 2032)”

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Messages : 16
Date d'inscription : 09/03/2017
Mieczyslaw V. Seok
bleu
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L’innocence révolue une fois la pilule avalée, le gosse disparu, les mèches rebelles nées le jour suivant, sa peau tannée à l’époque brillait du lustre adolescent, celui devenant adulte. Il tournait autour de la petite asiatique dont il avait vaguement oublié le nom entre deux aventures d’un soir, mais étrangement de la même manière, ses yeux s’étaient attardés sur sa silhouette au milieu de la rue bondée. Mieczyslaw ne savait pas comment faire pour se présenter, il était prêt en un sens à dessiner les lettres de son nom sur les bras blancs, crémeux des filles, mais dans tous les autres cas il résumait son barbouillis nominatif en un « Mitch » fade et réducteur puisque, après tout à ce siècle-là rien n’était au niveau de Cindy-Beyoncé-Violetta et Kevin-Brandon-Sasuke.

Le voilà, l’enfant-roi, il a cultivé un jardin de mystère des années auparavant, des formes, des couleurs, soleils couchant et levant. Mieczyslaw est une figure compliquée, tordue entre mains moites et sourire étiré, parfois il se lance dans un déblatérage sans fin, sa voix n’est pas de velours, alors elle grouille d’imbécilités, toutes les plus futiles les unes que les autres. Pourtant devant la fille de la colo, la fille avec ses grands pulls, ses grands airs, ses grands bras, il n’a pas su énoncer autant de conneries. Peut-être qu’il se retenait, peut-être faisait-il comme la plupart d’entre nous, quand on veut plaire à quelqu’un que l’on vient tout juste de rencontrer. C’est le moment critique où personne ne sait que lorsqu’on ment le pouce nerveux s’aventure entre deux sourcils, le moment où l’on a pas encore vu les micro-fissures formées sur le vase universel. Celui qui se présentait entre elle, et lui faisait comme un grand vide, il ne voyait rien, elle voyait tout.

Il espérait qu’aujourd’hui dans la rue, elle ne rencontrerait pas déjà un bout de son passé; de sa détresse.

« Gréta! »


zzz
Messages : 20
Date d'inscription : 05/03/2017
Margaréta Somogyi
rouge
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oranges amères ; mars 2032 ; 18h.
Alors elle vient de finir une journée de travail éprouvante, il ne fait pas franchement très beau et elle a déchiré ses bas en essayant de passer entre deux voitures garées à une distance qui ne respecte pas les normes de sécurité (au moins, elle n'a pas eu à les contourner : deux minutes gagnées). Gréta n'aime pas prendre la vie du bon côté : aujourd'hui est une mauvaise journée. C'est une opinion définitive, et dès qu'elle aura réussi à rentrer chez elle elle mangera agressivement ses galettes de riz bio en regardant le dernier Saw (ils en sont arrivés au 15ème).

Elle a faim du coup elle est un peu fébrile, elle n'a pas eu le temps de manger aujourd'hui avec son travail ; évidemment on lui a bien proposé une pilule, et elle l'a prise d'ailleurs, pour la jeter par terre et l'écraser sous son talon sous les yeux de danseur de flamenco n°3. Evidemment elle a balayé après, elle tient à l'intégrité du sol de son théâtre - plus qu'à l'intégrité mentale de ses employés.

Elle regarde par terre, mains dans les poches de son grand manteau bleu, le pas affairé. Sur son nez, des lunettes rondes sans verres parce qu'elle aime bien porter des lunettes mais les lunettes de soleil le soir, c'est ridicule. Elle a une démarche assez drôle dans la rue : elle slalome un peu, comme si elle pensait qu'en évitant les corps des gens elle pourrait éviter leurs émotions. Elle peut pas, mais au moins elle ne ressent pas le double-agacement de bousculer quelqu'un...

Elle passe à côté d'un truc qui renvoie un sentiment assez saisissant : c'est l'espoir, ça. C'est joli. Elle regarde pas la personne. Mais elle entend -
son nom ?

Elle se fige, elle se tourne pas encore mais elle reconnaît cette voix. Dans son esprit, cette voix dit "bon les enfants, montrez-moi vos travaux". Et aussi "haha regardez on s'amuse beaucoup plus qu'avec Margaréta" mais elle confond peut-être avec la voix du méchant lutin de ses cauchemars.

C'est le gars de la colo. Il se faisait appeler Ronnie mais sur les listes officielles du camp il y avait écrit un nom polonais bizarre. Un asiatique avec un nom d'européen, ridicule. Du temps de la colo elle n'aimait pas Ronnie. Il était pas méchant, non. Il était souriant et adorable. Mais voilà ça devait être Gréta qui faisait ressortir le côté artistique des enfants avec son atelier théâtre et elle n'appréciait pas de se faire voler la vedette par un atelier d'écriture.

Elle se retourne, elle remonte ses petites lunettes sur son nez. Il a les joues rouges Ronnie. Elle l'a déjà revu quelques fois dans les deux ans qui ont suivi la colo, mais elle ne lui a pas vraiment parlé, c'était juste bonjour au revoir. Mais là, il y a vraiment un sentiment d'espoir et-

« Salut... t'es qui déjà ? »

Réponse vulgaire, indigne d'elle mais voilà c'était sorti, elle était toujours Gréta, son menton était levé un peu plus haut que la personne moyenne mais elle ne s'en rendait même plus compte, et sa main était posée sur son sac comme sur la défensive.



∆ RadioEuphoria for Prism
Messages : 16
Date d'inscription : 09/03/2017
Mieczyslaw V. Seok
bleu
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Depuis la pilule le monde est aussi tiède qu’avant, la gasoline déborde des fenêtres et coule sur les rues à la manière du mascara posé tôt le matin, sauf qu’aujourd’hui la plupart des gens se font tatouer leur blush et leur fard à paupières aussi. Le réalisme s’est suicidé une fin d’après-midi morne comme celle-ci, et à côté, Mieczyslaw se souvient de chaque bouffée cramante sortie d’un pot d’échappement. Il est tard, pas assez pour qu’il laisse sa tête se vider ni pour s’incruster chez les alcooliques anonymes.

Il parait que depuis l’apparition de la gellule miracle de nouveaux clubs particuliers se sont formés. « Alors ? T’as pris la bleue ou la rouge, dis-moi tout ? » Mieczyslaw a la ville plantée sous les ongles mais comme il n’oublie pas le reste il n’oublie pas non plus son affection pour le déni maladif. Il n’a pas encore le nez dans la bouteille mais ça ne saurait tarder. 
Pour l’instant il se repose sur la silhouette familière dodelinant près de son corps d’adolescent mal assuré avec des dettes dans les chaussettes. Elle a la figure des beaux personnages de fiction qui ne sont ni trop parfaits ni trop imparfaits.

Sa cage thoracique se soulève allègrement lorsqu’elle l’élude, mais lui. Il n’a plus rien à enterrer. Ni son prénom, son prénom qui sonne futile et bouleversant à la fois, à la manière d’un cocktail empoisonné, il se souvient du goût amer sur ses lèvres, les soirs où dans la grande salle ils restaient tous les deux. Ils n’étaient jamais qu’eux d’eux évidemment, si l’espace se resserrait entre leurs physionomies incandescentes, elle se remuait légèrement et son masque d’oiseau perché, amoureux de la distance venait embrasser son visage.

Oui, ça il avait l’habitude, Ronnie, mais il lui manquait quelque chose, dont l’illumination de ses yeux tendres frappés par un orage-Margaréta. Tous les hasards étaient des bêtes farouches prêtes à être enlacées pour la première fois. Un sourire se précipite sur ses lèvres, il marche à reculons pour se placer devant elle.

« Il est beau ton manteau. »
Le printemps ça te va bien.
« Ronnie, c’est moi Ronnie! Et toi, t’es Gréta, tu sais on se croise au moins une fois par mois quand t’achètes ce truc immangeable à la boulangerie. L’été dernier j’ai repêché tes pompes dans le lac aussi. T’es devenue une grande dramaturge c’est ça ? T’approches plus l’humain lambda. » Ses mains s’ouvrent en étoiles.
 
Oranges Amères - Gréta (MARS 2032)
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