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“Run, Darling, Run. - Ona.”

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Katherine Cavalcante
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Run, Darling, Run.
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C'était toujours le même manège. Mathéo faisait une connerie. Indiana l'appelait au téléphone. Elle sortait en panique du pub. Elle se disputait avec Manu au téléphone. Puis les regards des policiers se posaient sur elle. Tristesse. Pitié. Compassion. Dégoût. Mais l'italien féroce et inquiet de la mère balayait tous ces coups d'œil. Elle paraissait forte. Mais une fois devant le jugement de son ex-mari, elle n'était plus rien.

Indiana l'avait appelé vers les trois heure du matin. Elle savait bien que c'était pas pour prendre de ses nouvelles, que c'était pas pour discuter de tout et de rien. Elle était encore au pub. "C'est Mathéo". Evidemment. Elle était arrivée au poste en quinze minutes. Elle avait salué les policiers. Ils l'appelaient "Madame Cavalcante". Mathéo attendait dans le couloir. Elle avait signé deux trois papiers et était partit rejoindre son fils. Avant de partir, elle avait cru voir cette demoiselle qu'elle croisait souvent le matin, pendant son footing. Elles ne s'étaient rien dit. Kath s'était rapidement éclipsée avec son ado'.  

Ils ne s'étaient rien dit. Ce n'était pas la première fois. Mathéo regardait par-dessus la fenêtre. Kath était concentrée sur la route. Et quand ils arrivaient devant la maison, l'italienne avait à peine le temps de dire "Mathéo, il faut qu'on .." que ce dernier était déjà sortit. Manu attendait. Elle sort pour le saluer. Ils discutent brièvement. C'est tendu. Manu l'accuse de ne pas être là. Kath ne dit rien. Elle ne dit jamais rien. Andrea l'enlace avant d'aller dormir. Eva n'est pas là. Mathéo est déjà dans sa chambre. Manu ferme la porte. Elle pleure dans sa voiture. Encore.  

Et comme d'habitude, comme à chaque fois qu'elle ramenait Mathéo du poste, Andrea lui envoyait un message le lendemain. Comme un pansement sur son petit cœur. Elle se lève. Le soleil n'est pas encore tout à fait debout. Elle retire sa nuisette pour enfiler un leggins de sport et un sweat à capuche. Elle prend ses clés, son portable et ses clopes.
 
Elle fait le même parcours. Un tour du quartier. Et elle court, elle court pour oublier ses soucis. Elle court pour enlever le regard de son fils de son esprit. Pour enlever les accusations de son ex. Pour enlever la distance avec ses enfants. Quand était-elle devenu aussi écrasée ?  

Elle s'arrête au bout de vingt minutes de course, le souffle brûlant et le corps suant. Elle s'assoit sur le trottoir, reprend une respiration régulière et regarde la rue déserte en silence. Puis la revoilà. La fille du footing. Kath baisse les yeux. Elle fouille dans ses poches et glisse une clope entre ses lèvres. Oui, fumer après un footing, drôle de lubie. Mais bon. Kath en avait besoin. Elle relève la tête et lui sourit doucement.

"Alors comme ça, vous êtes flic ? C'est marrant."

Il n'y avait rien de drôle mais c'était plus sympa de dire ça plutôt que "Bonjour, je suis une mauvaise mère et j'ai enfanté un petit voyou, il fait chaud, aujourd'hui, non ?".


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Ona Mhatasi-Keegan
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Son réveil sonne et Ona étend un bras paresseux hors de ses draps pour l'éteindre. Elle se retourne, soupire, et se lève sans même appuyer sur snooze. Elle n'a jamais vraiment perdu l'habitude des levers aux aurores que lui imposait parfois la vie à la ferme et même en ses périodes de grande fatigue le soleil matinal continue de lui faire ouvrir les yeux. Qu'elle le veuille ou non.

Sa nuit a été courte, sans être particulièrement agitée. Le même va et vient de petits voyous et fêtards trop alcoolisés, rien de nouveau sous la lune de New Haven. Ona se traîne jusqu'à sa pièce à vivre, allume sa cafetière d'une main, les informations du matin de l'autre. Pas de grand chamboulement de l'ordre mondial aujourd'hui non plus. Elle sirote le breuvage amer et grimace quand il lui donne mal au ventre. Elle le termine quand même.

La suite de son rituel matinal est simple : elle se brosse les dents, noue ses cheveux en une tresse qui lui retombe sur l'épaule, quitte son pyjama informe pour une tenue de sport, rafraîchis la page jamais fermée de son ordinateur qui lui indique les effets secondaires du moment. Merci petite pilule. Les mots maux de ventre se découpent sur le fond blanc du site internet et elle grogne en avalant un cachet censé la soulager (qui ne fera pas effet elle le sait).

New-Haven dort tard et Ona aime en parcourir les rues désertes, quand il est trop tôt pour le travailleur et trop tard pour le zonard. Avant elle se fixait un itinéraire, maintenant elle se plaît à juste prendre des rues au hasard et voir où elles la mènent ; dans tous les cas, tous les chemins finissent par la ramener chez elle. Lentement Ona sent l'endorphine et l'adrénaline dérouiller ses muscles engourdis de s'être reposés trop peu. Elle dégage ses poumons d'une profonde inspiration et laisse son esprit errer au gré de ses envies.

Ona repense à la pile de dossiers qui l'attend sur son bureau. Pas au travail, chez elle. Cette pile qui la suit toujours partout dans ses pensées, ces enquêtes irrésolues et insolvables (paraîtrait-il) qui la hantent chaque jour un peu plus. La rage et l'injustice de ces affaires lui font perdre le sommeil et elle ressent alors le besoin de sortir courir, courir s'aérer, se filtrer, s'essorer le corps du désespoir qui la gagne. Afin de mieux recommencer. Elle repense au gamin, Zeno, dont la vie a été saccagée avant même qu'il puisse la comprendre. Elle pense aux gamins comme lui, aux histoires différentes mais aux résultats similaires, qui courent les rues, à une escarmouche près de celle qui les fera définitivement plonger. Comme celui de hier (un habitué on lui a dit) dont la mère terrible avait un instant fait trembler les murs du poste de shérif.

C'est drôle, on a beau croiser les mêmes personnes chaque jour, on est toujours surpris quand on réalise qu'ils ont une vie ailleurs. Heureuse ou malheureuse, compliquée ou non. Et puis un jour la violence de leur existence nous cogne en plein visage et on se demande comment on a pu être aveugle aussi longtemps. Ona ralenti quand son regard rencontre celui de sa compagne de footing qu'elle salut poliment tous les matins mais à laquelle elle ne parle jamais. Sans son aura de mère en colère et avec une nuit de tracas en plus, elle la trouve bien moins impressionnante que la veille.

- Alors comme ça, vous êtes flic ? C'est marrant.

Ona reprend sa respiration, avant de se laisser glisser sur le trottoir une main sur son ventre douloureux. Elle se place là où la fumée de la cigarette ne l'atteint pas et esquisse un sourire fatigué. Est-ce si étonnant que cela de l'imaginer porter un insigne ?

- Et vous, vous êtes maman. Je me demande qui de nous deux a le job le plus difficile.

Tenir compagnie à une quasi inconnue à tout juste six heures du matin n'est pas dans les habitudes de Ona, mais parfois les gens font des choses surprenantes. C'est pourquoi quelque part en elle l'espoir brille toujours.

- Adjointe Mhatasi-Keegan, dit-elle en tendant une main pour se présenter. Ona.

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Katherine Cavalcante
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Run, Darling, Run.
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M A M A N. Encore aujourd'hui, elle avait du mal. Comme si cette société voulait absolument l'enfermer dans ce rôle, dans cette case. Et pourtant, être mère faisait partie de sa vie, de son être. Elle l'était sans même le réaliser.  

Elle fait trembler sa cigarette. La cendre se détache et disparaît dans un courant d'air. Son regard fuit légèrement celui d'Ona. L'embarras. C'est souvent le sentiment qui l'enveloppait quand elle devait affronter les conséquences des actes de Mathéo. Et là, c'était d'autant plus embarrassant puisqu'elle connaissait la personne. Mais bon. Kath garde son sourire courtois, ses bonnes manières, efface du mieux qu'elle peut les impressions laissées par son fils.  

Ce petit mouvement de paupière. Cet  au niveau de la commissure des lèvres. De la douleur ? Elle s'interroge une seconde et décide de ne pas s'en mêler. Elle sourit. "Vous êtes Maman". Ça la faisait toujours bizarre d'entendre ça. Elle qui avait toujours été détaché de ce rôle, ou en tous cas, pas aussi présente qu'une mère ordinaire. Qu'une mère parfaite. Elle était loin de ce modèle, de la Maman Poule qui couve ses enfants jusqu'à l'asphyxie, celle qui passe son temps dans la cuisine à préparer des bons petits plats, celle qui est toujours là quand il rentre de l'école, qui prépare le goûter, qui lit des histoires. Non. Elle, c'était le genre de mère à rentrer à quatre heure du matin, complètement lessivée, celle qu'on ne voyait pas au réveil ni au retour de l'école, celle qu'on attendait pour le dîner avant de finalement partir se coucher, celle qui passait son temps à fumer, qui s'habillait comme elle pouvait sans vraiment se soucier d'être parfaite ou non. Elle n'était pas présente pour les grands moments de la vie d'un enfant. Et maintenant que cet enfant était devenu grand, il lui faisait payer, évidemment. Elle ne pouvait pas lui en vouloir. Alors elle jouait le jeu de la mère, essayait de se rattraper mais ce n'était jamais assez.  

" Je me le demande. En même temps, j'ai les deux en un : Un fils et un petit voyou. Mais je préfère quand même me contenter d'aller le chercher au poste deux ou trois fois par semaine plutôt que d'en avoir à volonté chaque jours."

Elle écrase sa cigarette sur le bitume et glisse sa main dans la sienne. Elle la regarde, son sourire, ses yeux, sa petite tresse sur le côté.  

"Madame Cavalcante." Sa voix est écorchée, ce timbre assez grave mais agréable. "Katherine. Mais vous pouvez m'appeler Kath."

Parler à des inconnus, ou des visages familiers, Kath faisait ça à longueur de journée. Les clients du comptoir. Les divorcés, les dépressifs, les heureux, les colériques, Kath en voyait de tous les genres. Elle devenait un véritable confessionnal humain, elle inspirait confiance. Probablement cette aura de mère, de protectrice qu'elle ne contrôlait pas et qui apaisait ceux qui l'approchaient. Elle avait cette présence, cette chaleur dans son regard, cette expérience qui faisait qu'elle pouvait comprendre, qu'elle savait écouter les gens. Et même si au premier abord, elle semblait un peu sèche, un peu difficile à approcher, cette impression disparaissait bien vite.  

Si les gens aimaient se confier à Kath, peu se souciait de ses propres problèmes. Et Dieu sait combien l'italienne en avait. Mais c'était comme ça. Les hommes avaient besoin d'être écouter. Et Kath, elle, préférait se concentrer sur les soucis des autres. Ca lui permettait d'oublier, de se rendre utile, elle qui cherchait encore sa place dans ce Monde à son âge avancé.  

"Ca doit pas être facile d'être une femme dans ce genre de Monde. Un univers où les hommes ont tendance à imposer leur supériorité. Mais vous avez l'air assez forte pour supporter tout ça, j'imagine."

Elle la regarde, observe ses réactions. Elle n'est pas du genre à s'amuser à tester les personnes qu'elle rencontre mais depuis cette prise de pilule, depuis ses dons, déceler chacune des mimiques est devenu une sorte de passe-temps. Au-delà de ça, il lui permets de mieux comprendre les gens. Et c'Est-ce qui fait que Kath s'intéresse autant à l'être humain. Elle soupire.

"N'empêche, c'est drôle qu'on se parle que maintenant alors qu'on s'est croisé si souvent. J'imagine qu'on devient plus timide avec l'âge. Quand j'étais jeune, je n'hésitais jamais avant d'aborder les gens. Vous étiez du genre réservée, vous ?"

Il était clair que l'adolescente qu'était Kath n'a rien à voir avec l'adulte qu'elle est devenue. Mais qu'en était-il de cette nouvelle rencontre ? Curiosité, quand tu nous tiens.


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Ona Mhatasi-Keegan
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Les enfants deviennent rarement ce que leurs parents voulaient. Ona n'a pas de leçon à donner sur ce sujet, elle qui ne connaît que les enfants des autres, alors elle ne dit rien et écoute. Un instant l'image de ce petit frère qu'elle a si souvent tiré de cellule lui vient à l'esprit, mais est-ce vraiment comparable ? Son interlocutrice a des mots durs malgré sa bouche douce, et elle se demande si c'est à force de les penser ou de trop les entendre. Elle ne saura sans doute jamais. La main est chaude et énergique dans la sienne.

- Madame Cavalcante. Katherine. Mais vous pouvez m'appeler Kath.

Et aussi simplement que cela, l'inconnue du footing matinal n'en est plus une. Ona regarde un instant le visage avenant de sa compagne, le mégot qui gît écrasé, et une image floue de Katherine Cavalcante commence à se former dans son esprit. Elle l'imagine en femme dynamique, le genre qui a besoin de travailler pour se sentir bien et ne supporterait sans doute pas de rester à la maison à ne rien faire. Sûrement réussi-t-elle dans son métier d'ailleurs, souvent c'est en faisant quelque chose par passion que le succès nous sourit. Elle la suppose volontaire, qui ne se laisse pas facilement intimider. Et plus stressée qu'elle n'en a l'air si elle juge de sa cigarette post-footing, à moins qu'elle n'y soit juste parfaitement accro. Au fond Ona n'en sait rien, l'humain est bien trop complexe pour être décrypté au premier coup d'oeil. Sans doute que quelques questions aideraient, mais Ona n'a jamais été d'un naturel inquisiteur (ironique, pour une ancienne détective). Elle préfère laisser les gens parler quand ils le souhaitent.

- Ca doit pas être facile d'être une femme dans ce genre de Monde. Un univers où les hommes ont tendance à imposer leur supériorité. Mais vous avez l'air assez forte pour supporter tout ça, j'imagine.


Ona sourit. Pour le compliment, et parce que Kath semble d'humeur à combler le silence entre elles. Elle hausse un instant les épaules, laissant son regard de perdre sur le décor de la rue déserte mais sans se départir ni de son léger sourire, ni de la main sur son ventre.

- Les hommes ont tendance à penser que tout leur est dû, tout en s'imaginant être exceptionnels. Alors forcément, quand une femme vient marcher sur leurs plates-bandes ça les panique un peu.


Elle repense aux remarques sexistes et aux conseils paternalistes, à toutes ces épreuves qu'elle a traversé pour en être là où elle en est aujourd'hui : au point de départ. Quand sa carrière décollait enfin, obligée de revenir dans ce patelin dont elle s'était enfuie. Ona balance tous ces souvenirs d'un nouveau mouvement d'épaule, réalisant qu'elle en est plus amusée qu'amère désormais.

- On devient forte parce qu'on en a pas le choix. J'espère l'être assez.

Pour supporter la tempête qui s'annonce.
Elle ne le dit pas, mais le pense néanmoins. Des choses terribles se passent à New Haven et elle n'est pas sûre d'avoir les épaules nécessaires pour les gérer. Ona ne comprend pas encore le sens de tout ce qu'elle a vu, mais elle a assez d'instinct pour savoir que sa ville va en être bouleversée. Et ses habitants avec. La nouvelle intervention de Kath la tire de ses pensées et lui décroche même un sourire.

- J'étais une petite sauvageonne enfant.

À se chamailler avec ses frères, dire ce qu'elle avait sur le cœur et jeter des regards suspicieux aux étrangers. Sa grand-mère soupirait souvent en essayant de dompter ses cheveux emmêlés en tresses ordonnées.

- Mais je n'ai jamais été une grande bavarde, on me l'a parfois reproché. À croire que les gens ont peur du silence quand parfois il vaut mieux ne rien dire.

Ona observe une nouvelle fois la rue endormie, le ciel dégagé où les oiseaux commencent à chanter. Elle comprend qu'elle devrait relancer la conversation mais n'est pas sûre de savoir comment, ni même d'en avoir envie. À la place de cela elle se lève avec une grimace pour ses entrailles qui se tordent, enlève vaguement la poussière du trottoir sur ses vêtements.

- Ne vous en faites pas pour votre fils Kath, rien n'est encore joué. J'en ai vu des pires que lui finir par diriger des œuvres de charité.

Ils sont peu nombreux ceux à tourner de la sorte, mais qui sait ? Ona étire ses jambes, espérant que ses muscles ne se sont pas trop refroidis après cette brève pause. Elle tourne la tête à droite et à gauche.

- Voulez-vous courir encore un peu ? Je ne sais pas si vous avez un trajet habituel, mais je peux vous accompagner.
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Katherine Cavalcante
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Katherine
Les Hommes, avec un petit H. Le Sexisme. Les remarques. Les rictus dérangeants. Les regards mal placés. Les mains baladeuses. Les gestes obscènes. Les rapprochements prononcés dans le métro. Les sifflements. Et les yeux de Kath qui ont déjà foudroyé toutes ces têtes de bites.

Quand Katherine avait dans les environs de vingt-cinq, vingt-six ans, son pub commençait à peine à être connu. Elle se souvenait encore de la réaction des proprio' des autres bars du quartier. "Une femme ? Qui dirige un pub ? C'est des conneries !", "Tu travailles ici ? T'es serveuse ?", "Eh, eh, si je te laisse un bon pourboire, j'ai le droit à une pipe ? Hahaha". En temps normal, les poings de la belle italienne ne se seraient pas gênés pour venir chatouiller les mâchoires de ces enfoirés. Mais le fait était qu'elle ne pouvait pas réagir à toutes ces provocations. Elle possédait ce pub, elle avait de vrais responsabilités qu'elle se devait d'assumer. Elle ne pouvait pas cogner les cons égoïstement et perdre son petit bijou pour de bêtes querelles. Alors elle se retenait. Elle souriait au client, non sans dévoiler cette lueur meurtrière dans son regard puis demandait poliment qu'on cesse ce genre de comportements. Et quand il n'y en avait plus, il y en avait encore.  

Être une femme pouvait être un enfer, encore aujourd'hui. Le fait que l'on soit en 2032 n'y changeait pas grand-chose, contrairement à ce que certains peuvent penser. Toutes les préventions anti-viol, les spots contre le harcèlement sexuel, toutes ces directives données aux hommes semblaient simplement servir de décoration. En même temps, dans un monde dirigé par les hommes pour les hommes, la protestation féminine avait-elle sa place ? Kath pensait que oui. Elle en était même convaincue.  

Elle avait fait en sorte à ce que ses enfants le soient aussi. Résultat : Eva avait grandi dans l'optique que les hommes étaient nés pour la servir, telle une princesse qui dirige ses sujets. Mathéo ne faisait aucune différence sur le sexe des personnes à qui il manquait de respect. Et Andrea … est gay.  Parfois, Kath se demandait si, en voulant absolument que ses triplés se rendent compte des inégalités sexuelles, elle ne les avait pas poussé, en quelques sortes, dans des extrêmes.  

" Je l'espère aussi pour vous."

J'étais une petite sauvageonne enfant. Katherine sourit devant cette réponse. Les enfants turbulents, elle connaissait. Même si, sur les trois, un seul avait été plus ou moins agité durant son enfance, et encore plus durant son adolescence. En repensant à toutes les combines foireuses dans lesquelles Mathéo a entrainé ses frères et sœurs, Kath pouffe de rire avant de lever les yeux vers Ona.

"Eh beh ! J'espère que mon fils deviendra aussi calme que vous l'êtes dans ce cas, haha !"

Quand elle y réfléchissait bien, bien qu'elle eut été une enfant calme et docile, son adolescence fut assez tortueuse et riche en sensations. Aujourd'hui, son comportement n'était plus aussi explosif mais gardait toujours cette pointe d'animosité. Bref.

"J'ai l'habitude que les clients de mon pub discutent à ma place, donc j'imagine que je ne suis pas vraiment plus avancée que vous dans le domaine de la conversation ! Mais je suis sûre que vous, avec un bon petit coup dans l'nez, vous déballez tout en un rien de temps, haha."

Elle lui adresse un petit clin d'œil complice. Elle taquine, elle taquine, la petite Kathy, ça lui arrive, oui. Et voir son visage couvert d'un voile de neutralité ne faisait qu'attiser un peu plus sa curiosité. Elle l'imaginait parfaitement avachie sur son comptoir, une pinte de bière à la main, les joues empourprées par les vapeurs d'alcool qui lui montent au cerveau, les cordes vocales rouillés et le rire incontrôlable. Elle sourit à cette image puis repose ses prunelles sur la demoiselle.

Ona se lève. Une moue. Cette moue de douleur. Pincement de la lèvre, sourcil froncé. Douleur interne ? La main sur le ventre lui indique sa position. L'adjointe la regarde. Même si son masque est revenu, ce petit plissement de paupière, cette ride de fatigue au coin de l'œil. La douleur doit être d'un niveau assez élevé. Information enregistrée dans un coin de son cerveau.

Elle tente de rassurer l'italienne sur l'avenir de son fils. Kath est surprise. Elle ne s'y attendait pas. Elle baisse les yeux un instant. Son sourire est moins étendu que les précédents. Une sorte de rictus nerveux, inquiet.  

"Mathéo n'est pas un mauvais garçon. Je pense juste .. qu'il a besoin de temps. Bref …"

Elle se lève à son tour, balayant le sujet de sa relation mère-fils le plus rapidement possible. Ona lui propose de continuer un peu. Elle sourit en secouant légèrement la tête.

"Je regrette, je vais devoir décliner. Je dois rentrer me préparer pour m'occuper de la paperasse du pub. Mais, si un jour ça vous tente, vous pouvez toujours passer me voir au GodFather. Il est au bout de la rue des Néons, vous pouvez pas le rater. Je vous offrirai un verre."

Elle lui offre un clin d'œil avant de passer brièvement sa main sur son épaule de manière amicale. Kath et sa manie d'être tactile avec les gens. Et encore, ça allait, là. Elle fit un dernier signe à Ona avant de prendre la direction opposée en trottinant.    


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Ona Mhatasi-Keegan
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Et l'information tombe : patronne d'un pub. Un nouveau paramètre dans l'équation Katherine Cavalcante. Ona la détaille un instant, puis sourit. Oui, elle l'imagine très bien derrière un comptoir à crier d'une voix autoritaire les commandes aux apprentis et rire l'instant suivant avec un client. Polyvalente, qui court dans tous les sens et ne s'arrête jamais ou juste le temps de se griller une cigarette. C'est fou ce que les gens révèlent sur eux-même en à peine quelques mots.

- Mais je suis sûre que vous, avec un bon petit coup dans l'nez, vous déballez tout en un rien de temps, haha.


Le clin d’œil lui va si bien, de même que l'attitude un peu culottée. Ona esquisse un sourire mais ne répond pas à la boutade. Kath est peut-être moins bonne juge de caractère qu'elle le croit. Quand elle est bourrée elle est... la soirée avec Aldebert lui revient en mémoire et lui arrache une grimace. Mauvais exemple. La conversation dérive et elle ne fait rien pour la retenir.

Un instant elle se dit qu'elle n'aurait peut être pas dû parler de son fils, que le sujet est plus sensible encore qu'il n'y paraît. Mais déjà Katherine se lève à son tour et lui lance une invitation avec un nouveau sourire, un nouveau clin d’œil. Combien de tourments a-t-elle caché de la sorte, avec une moue joviale et une parole bonne-enfant ? Trop sans doute, mais ce n'est pas le rôle de Ona de tenter d'y remédier.

Elle laisse la main se poser sur son épaule, accepte le geste amical avec un sourire, avant de se dégager doucement. Les contacts physiques l'ont toujours un peu dérangée, mal-à-l'aise avec l'idée d'une autre personne pénétrant ce cercle précieux qu'est son espace privé. Elle répond néanmoins par la positive à la proposition de la femme, un plaisir sincère réchauffant sa voix posée.

- Je n'y manquerai pas.

Pas vraiment une promesse, mais un petit peu tout de même. Déjà Katherine repart et Ona en fait de même, chacune dans une direction opposée. Cette brève rencontre n'était qu'un aparté dans sa matinée, un de ces événements inattendus qui font de chaque journée une découverte. Mais son quotidien la rattrapera bientôt.

Ce n'est qu'en atteignant le seuil de son appartement que Ona réalise qu'elle n'a plus pensé à ses dossiers de tout le trajet.
 
Run, Darling, Run. - Ona.
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