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“Ce n'est jamais le bon soir // Attila ”

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Messages : 234
Date d'inscription : 21/02/2017
Localisation : Chapel Street
Arsen B. Eastwood
bleu
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Mars 2032


Donne-moi ta main et je la briserai
Donne-moi ta bouche et je l’arracherai
Donne-moi tes os et je les embrasserai
Donne-moi ta peau et je la saisirai

Ce que je suis et je fais n’a pas d’importance… Et danse devant-moi la foule qui sans me voir me fuit et s’engouffre derrière les néons quand ma pupille cligne. Indignés qu’ils sont quand certains constatent que ce soir encore il y a moi. Moi qui ne fais rien et qui n’avance pas d’un centimètre. Permettre ou pas, ce que je m’autorise ici n’est pas la question, simplement je suis et je déteste tant… Pourtant je suis là et je dois, je crois trahir mes principes et m’y précipité… Comme si ma vie en dépendait. Désormais c’est un peu le cas, je crois, que j’ai fais le tour trop de fois et que les vigiles m’ont dans le collimateur…

Amateur, c’est ce que je me répète à tord et à travers quand enfin je me rends compte que je n’ai pas la force d’y entrer et de tout découvrir… Mourir une centaine de fois à l’idée que la foule s’agglutine autour de moi. Je réprime un frisson et je me répète encore et encore : Je déteste tant. Pourtant, moi qui ne sort jamais et qui ne défie jamais la nuit tant elle m’apparaît trop féconde de mots qui ne cessent de venir s’échouer dans ma conscience d’esclave du stylo et du papier et des sons, des rimes, feutre et mur, peinture, je me perds… Les néons clignotent et s’impriment dans ma rétine. Pusillanime. Je suis. Mais c’est mauvais, nul, incorrect raté. J’inspire et compte les syllabes d’un vers inventé sur l’instant, des alexandrins… J’expire. Ce soir encore je resterai… Et là, statue de marbre je reste devant le monde qui joue et qui vit, qui rit encore et encore, regagne la lumière et espère… Des jours meilleurs. Ou alors des rencontres d’un soir au parfum des toujours. Mais moi je ne suis pas là pour rire, retrouver la lumière, espérer, le meilleur d’un soir et des toujours. Je suis ici pour accomplir une tâche pleine de curiosité et si je le trouvais là devant-moi dans l’instant je lui demanderai :

Et que sais-tu, toi, des secrets de nos pères ?

Rien. Sans doute rien de plus qu’une haine consommée par le mien et peut-être de l’indifférence du sien. Rien. Moins que rien encore. Moi j’en rejoue pourtant les accords. Les coupures de presses sont sans appel et je doute même que cela soit réel… Mais je sais aussi que parfois le journal de la ville suinte et pleure des mensonges qui rongent… Rongent.. Effrite la conscience, bouleverse et détruit. Mais moi je n’ai pas le courage d’encourager la vérité, je suis un lâche et je n’ai jamais rien construit. Pas même un empire d’or fuyant comme ici devant mes yeux. Curieux et dans une même me sur consterné par tant de monde, en vérité. Je coince mon pouce entre mes deux lèvres et le mord furieusement.

Ce soir n’est pas le bon soir. Et peut-être qu’il n’y aura jamais de bons soir.
Messages : 16
Date d'inscription : 24/02/2017
Attila Kasteev
rouge
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Dim 5 Mar - 18:56Attila Kasteev
rouge
ce n'est jamais le bon soir

Il était là. Encore aujourd’hui, il se tenait devant les portes en verre. Il hésite, tourne en rond, semble faire les cent pas avant de s’en aller les bras ballants. On a susurré à mon oreille que ce serait sans doute un mineur qui n’ose pas franchir le pas de l’anarchie ou tout simplement un journaliste trop curieux mais qui a peur de mettre sa carrière en jeu. Des profils pareils, on en voit défilé des dizaines ici à The Orchid, chaque jour. Si chaque visage semble prononcer sa propre histoire, détrompez-vous. Nous sommes tous une copie d’une copie d’une copie d’une copie…

Je m’accoude contre le bar et reste fixer les lieux qui s’emplissent peu à peu de désespérés, de joueurs et d’inconscients. Un de mes employés vient à ma rencontre. Je fixe son noeud papillon soigneusement à la recherche du moindre détail qui n’irait pas mais, à ma grande surprise, je n’ai pas de remarque à faire sur sa tenue.

Il se penche vers moi, presque en faisant une courbette, et glisse quelques mots à mon attention : il est encore là. Je hausse un sourcil. Vraiment ? Encore ? Encore ? Je souris et le remercie d’un hochement de tête avant de réajuster la veste de mon smoking. Il ne me faut pas plus de trois minutes et cinquante secondes pour me faufiler jusqu’à la sortie.

Je mets un cigare entre mes dents et les portes s’ouvrent. Je pars m’appuyer contre le mur le plus proche à l’entrée, sous la lumière des néons, et fixe notre invité indécis. Je souris, discrètement.

C’est impressionnant, n’est-ce pas ? On dirait presque un lieu hors du temps.

Fis-je sans lui adresser un regard. J’allume mon cigare et enchaîne :

Ceci étant dit je n’ai jamais vu quelqu’un hésiter autant. Un problème ?
Messages : 234
Date d'inscription : 21/02/2017
Localisation : Chapel Street
Arsen B. Eastwood
bleu
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Mars 2032
Et alors que je m’apprête à retourner dans les ruelles, m’enfuir pour jurer entre mes dents que demain je n’y retournerai pas, il apparaît devant moi. Je l’ai suivi du regard et je n’ai pas bougé, ce sont mes yeux qui ont commencé à le faire quand mes pieds auraient du initier le mouvement. Maladroitement, toujours maladroitement, mais la coordination ce n’est pas quelque chose que mon corps semble maîtriser. Pas tout à fait.

Parfois le temps semble s’accélérer autour de moi et de mes yeux, quand l’autour n’a plus d’importance et que devant moi il y a quelque chose ou quelqu’un aux contours nets. Parfaite représentation qu’il est de ce monde-là, auréolé et somptueux dans son smoking d’ébène et d’or blanc. Précisément c’est le carmin de sa bouche qui m’intéresse et les couleurs, le mensonge est bicolore ce soir. Les rictus et les sourires contrit ou faux qu’il pourrait m’adresser je les devine et les esquisses dans ma tête. Croire et voir, décevoir, s’ébahir trop longtemps et oublier… Respirer, cligner, écarquiller, disséquer.

Mes doigts viennent s’incruster contre mon front, entre les deux yeux comme pour chasser le début d’une migraine. Souveraine inspiration qui un instant fait fuir les contours et même dans le pétrole de ses paupières il pourrait déclamer. Et ma bouche qui frémit déjà, divine capricieuse qui ne sait jamais quand il faut se taire ou exprimer. Malgré la contemplation, je méprise silencieux, le timing et la nouvelle, les mots formulés et la falaise dans mon dos ne cesse de se réduire en poussière de néant. Maintenant, inspire, m’intimais-je silencieusement. J’ai dit que je lui demanderai quand je le verrai et il est là devant mes deux yeux fermés. Lentement je rouvre les paupières et je le fixe et je fais juste un seul pas. En arrière parce que je ne sais pas danser. Moi et mes mots nous ne faisons que tituber devant le monde que lui fera...Courber. Plier. Les mots sont les même, quelle indifférence. Lui il est de ces gens qui font tourner le monde avec violence… Et pourtant douceur amusé dans un regard cent fois loupé, manqué, parce qu’il fait trembler. L’échine, les os, la peau, les mains et deux lèvres craquelées.

Moi je fixe mes pieds, pour comparer, mes converses et ses chaussures cirées. Sous mon blouson j’ai fait l’effort de mettre un semblant de cravate sur une chemise, tellement froissée. Maigre, comme cet effort pour se conformer au dress code, mais qui puis-je même duper ainsi paré ? Pas son œil inquisiteur, hélas. Et las, las, les néons sont trop puissants et moi j’ai de la faiblesse jusque dans mes phalanges que mon silence à blanchi. Tout affranchi qu’il semble je doute qu’il n’ait jamais été l’esclave de sa propre condition.

 « Plusieurs. Toujours plusieurs. Mais je crois que je m’en allais. » Finissais-je enfin par déclarer, plutôt certain de ne pas laisser ma nouvelle obsession transparaître.  « Ou peut-être pas. » Ce qui est vrai puisque je fais souvent semblant d’être.  « Parfois je crois qu’il y a quelque chose pour moi derrière ces portes. D’autres fois non. » Et je m’avance de deux pas pour esquisser mon propos, donner corps à l’hésitation.  «Et j’ai oublié mon costume et que je ne le retrouverai jamais.» De toute façon il n’y a que moi et ma curiosité dévorante et mes silencieuses prières. Et Il n’est pas le père. Alors je crois que je ne trouverai pas de réponse cette fois.

Je refais un pas en arrière. Je crois que je stagne et le bout de ma langue est amère.
Messages : 16
Date d'inscription : 24/02/2017
Attila Kasteev
rouge
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Jeu 4 Mai - 21:01Attila Kasteev
rouge
ce n'est jamais le bon soir

Et alors, je ne sais dans quelle catégorie le mettre.
Désespéré, inconscient, joueur, même pas vaniteux. L’hésitation de ses mots se soldent par quelques pas dansant s’en allant puis revenant. Il parle d’un problème qui existe mais qui n’existe aussi peut-être pas. Des problèmes même. Ou peut-être pas.
Il ne part ni ne rentre. Il demeure ainsi à portée de main mais avec un mur dressé devant lui. J’aurais pu être un bon homme, un bon directeur, une bonne âme. Lui prendre le bras et l’inviter à se lancer en toute naïveté dans mon business juste pour lui faire attraper ne serait-ce qu’une réponse à ses questions. Le conseiller, échanger.
Mais il y a des doutes à effacer et des choix à faire. Alors oui, je pose ma main sur son épaule comme on le ferait avec un vieil ami : un petit sourire et la voix qui s’élève. Je dis alors, de joie et d’oisiveté :

Enfin ! Croyez-vous être le seul à venir les bras ballants au casino ? Regardez tous ces touristes en tongs qui viennent sur le tapis rouge du hall. Ils n’en ont que faire et ils ont bien raison. On est ici pour oublier le temps qui passe. Venez, venez, entrez donc.

Sans vraiment lui laisser la peine de refuser et même répondre, j’exerce une pression suffisante sur son épaule pour l’inviter à rentrer. Les portes coulissantes et légèrement teintées se dégagent au profit d’une vue d’or et de marbre au-delà. Aussitôt refermées derrière nous, les bruits de la ville s’estompent pour ceux des machines à sous qui sonnent les échecs et les quelques sous tombés, les dés lancés et les billets froissés, touchés, retournés, les cartes dispersés et puis les gens, dans leur retenue orgueilleuse qui n’osent pas faire un bruit de trop.


Et voilà, les portes sont passées. Que diriez-vous de changer votre futur ce soir ?

Au fond du gouffre ou en haut de l’échelle, il n’y a qu’un pas.
Mais quand on a tout réussi, on cherche le moindre amusement, la moindre satisfaction. La mienne, c’est d’avoir raison de mes doutes et des réponses à ma paranoïa.


 
Ce n'est jamais le bon soir // Attila
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